Mind the Gap

2020 ◽  
pp. 95-116
Author(s):  
Jason WELLE

Depuis la publication de son dictionnaire biographique des femmes soufies (Dhikr al-niswa al-mutaʿabbidāt al-ṣūfiyyāt), Abū ʿAbd al-Raḥmān al-Sulamī (m. 412/1021) a été encensé pour avoir su reconnaître les capacités spirituelles des femmes suivant des voies bien différentes de celles de ses contemporains. Rkia E. Cornell décrit le soufisme féminin des débuts, dont on ne savait pas grand-chose jusqu’à récemment, comme une « tradition voilée ». Mais en dehors de ce dictionnaire biographique, les autres écrits d’al-Sulamī manifestent les mêmes préjugés de ses contemporains masculins dans le monde du savoir : il décrit les femmes comme déficientes sur le plan intellectuel et religieux et encourage les hommes pieux à éviter leur compagnie qui compromet leur propre progrès spirituel. Ce chapitre explore le chemin du progrès spirituel des femmes, en examinant le décalage dans les écrits d’al-Sulamī entre les femmes honorées comme membres de l’élite spirituelle, qui sont dignes de compagnie, et les femmes « ordinaires », qui représentent des menaces potentielles pour la croissance religieuse des hommes. L’auteur soutient que la « théologie de la servitude » proposée par Cornell reste l’outil le moins inadéquat pour décrire le cheminement spirituel des premières femmes soufies, mais que le Dhikr al-niswa ne présente ni une manière non ambiguë d’articuler une différence de genre entre le soufisme masculin et le soufisme féminin, ni un ensemble clair de pratiques concrètes que les femmes ont utilisées pour surmonter leur faiblesse et leur déficience supposées.


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