Cambouis, la revue des sciences sociales aux mains sales
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Published By Maison Des Sciences De L'homme Paris-Saclay

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Author(s):  
Daniel Bizeul
Keyword(s):  

La citation de matériel documentaire, composé d’entretiens, de notes d’observation, de documents privés ou publics, est une chose banale, presque routinière, en sociologie. La banalité du procédé n’implique pas cependant qu’y avoir recours soit exempt d’intentions précises de la part des chercheurs, ni qu’il soit sans conséquences sur la perception d’un texte par ses lecteurs. Peu d’écrits pourtant s’attachent de façon précise, exemples concrets à l’appui, aux enjeux épistémologiques de la citation et à ses aspects pratiques. Chacun fait au mieux, et plus ou moins à sa convenance. Ici les citations apparaissent sous forme de blocs en retrait et en corps réduit, là elles se fondent dans la continuité du texte maître. Ici le matériel documentaire semble en entier, et inaltéré, là il est décomposé et réécrit. Chacun du moins revendique au même titre la solidité de ses analyses, dont le matériel documentaire est à la fois la source et le garant. Des chercheurs énoncent que les citations ont peu de valeur probatoire, toutefois, si bien que nos efforts pour aboutir à une version des choses établie sur des preuves, comme telle ouverte au débat contradictoire, seraient vains. Qu’en est-il vraiment ? Autrement dit, pourquoi citer, ainsi que nous sommes accoutumés à le faire ? Et existe-t-il, malgré tout, des principes utiles ? Telles sont les questions ici abordées, par retour de l’auteur sur la façon dont il a procédé dans Avec ceux du FN et dans Martial, et par référence aux nombreux chercheurs qui ont tenté, depuis près d’un siècle, d’apporter des réponses à ces questions qui sont l’ordinaire de notre travail.



Author(s):  
Miriam Odoni
Keyword(s):  
De Se ◽  

Cet article propose de discuter du refus et ensuite de l’accès aux délibérations du jury dans les concours internationaux de musique classique. Cet accès m’a été refusé tout au long de ma thèse car le lieu des délibérations est formellement interdit à toute personne externe au jury. Lors des concours, les organisateurs n’aiment pas non plus que les jurés discutent avec d’autres personnes de la compétition en cours. Cette interdiction est même parfois mentionnée dans le règlement. Les organisateurs craignent, dans ces cas, une possibilité d’influence sur les membres du jury. Mes demandes de m’entretenir avec eux en-dehors de la salle de délibération sont restées systématiquement sans réponse. L’investigation de ces jurys constitue ainsi une tâche compliquée. Aucun chercheur n’a jamais été autorisé à accéder à une salle de délibération dans ce contexte. Néanmoins, après huit ans de refus, l’accès aux délibérations du jury m’a finalement été accordé par le directeur d’un concours, ma demande s’insérant dans une activité pédagogique, associant sociologues et musicologues. A travers des extraits de mon journal de terrain, je reviendrai sur les modalités du refus et ensuite de l’accès à ce terrain : l’alliance avec des musicologues, le jeu de rivalités entre concours, leur volonté de démocratisation et leur envie de se singulariser en étant le premier concours à ouvrir le jury à une personne externe. J’inscris également cet accès au terrain dans mon parcours de vie et dans un temps long, l’accès étant dans ce cas soumis au statut de docteure, et dans la transformation à la fois de la chercheuse et de son terrain. L’article revient aussi sur la difficulté de l’enquête dans des lieux soumis au silence et au secret.



Author(s):  
Olivier Schwartz ◽  
Agnès Aubry ◽  
Morgane Kuehni ◽  
Laure Scalambrin
Keyword(s):  

Les thématiques abordées dans l’entretien sont multiples et s’entremêlent en partie. Nous pouvons néanmoins en dégager quelques-unes. Après avoir exposé sa manière de comprendre le « cambouis » dans lequel tout ethnographe plonge ses mains (mais aussi sa tête et son cœur…), Olivier Schwartz revient sur les modalités distinctes d’entrée sur ses terrains d’enquête : alors qu’il mène une enquête que l’on pourrait qualifier d’« incognito » (Dargère, 2012) dans le Nord, auprès d’hommes et de femmes qui sont ses voisin·e·s, il se présente comme un sociologue universitaire à la RATP. L’accès aux conducteurs et conductrices de bus de la région parisienne fait l’objet de nombreuses petites négociations en cascade, du haut vers le bas de la chaîne hiérarchique. Bien que ces deux enquêtes aient cours sur une temporalité longue, les pratiques de (non) négociation mises en œuvre par Olivier Schwartz diffèrent fortement et sont en partie liées aux rôles endossés sur chacun des terrains. Après avoir discuté des tenants et aboutissants « pratiques », mais aussi épistémologiques, de ses manières différenciées d’enquêter, il raconte très concrètement la façon dont il se présente et présente son travail, soulignant la part « d’inventivité » dont doit faire preuve l’ethnographe pour faire face aux imprévus ou aux lacunes inhérents à ce type de démarche. Il évoque la place centrale du statut de la parole dans ses enquêtes et aborde la question relativement peu débattue dans les arènes académiques des affects et des émotions dans la relation d’enquête, des raisons de ses insatisfactions, mais aussi de ses tourments et sentiments de culpabilité. Ces affects, loin d’être des parasites à la démarche d’enquête, sont au contraire de précieux « baromètres » pour résoudre certains dilemmes éthiques qui surviennent, notamment, au moment de négocier la sortie du terrain et de restituer les résultats de l’enquête. Il insiste sur l’importance de débattre collectivement de ces questions et affirme que sans « l’authentique souci des enquêté-e-s », la démarche ethnographique ne fait aucun sens.



Author(s):  
Jean Peneff ◽  
Morgane Kuehni ◽  
Michaël Meyer
Keyword(s):  

Cet échange était pour nous l’occasion d’inviter Jean Peneff à parler de sa carrière, à revenir sur les liens qu’il entretient avec certains sociologues de l’école de Chicago, mais aussi et surtout de nous raconter certaines de ses expériences d’accès aux nombreux terrains d’enquête qu’il a parcouru. De l’Algérie, où il a fait ses premiers pas d’enseignant-chercheur, jusqu’aux observations de la « jungle » de Calais réalisées plus récemment, en passant par la Bretagne, la constante de son parcours est une insatiable curiosité. Les pratiques de (non) négociation mises en œuvre par le sociologue sont très directement dépendantes du contexte d’enquête et de l’accueil qui lui est réservé. Capacité d’ajustement, de réajustement et d’anticipation sont donc à ses yeux des attributs nécessaires aux chercheur-e-s de terrain. Durant notre discussion, nous avons également questionné Jean Peneff sur l’observation incognito. Alors que ces pratiques de recherche sont aujourd’hui largement débattues dans les arènes académiques, il nous a semblé particulièrement intéressant d’entendre le récit d’une personne qui a créé des identités d’emprunt pour mener ses recherches. Ayant accompli toute sa carrière avec la même conviction de la nécessité d’aller voir par soi-même, il a plusieurs fois eu recours à la « clandestinité » pour poursuivre des enquêtes face à des mondes sociaux et professionnels qui s’y refusaient. Le retour régulier de cette invitation à la curiosité, voire à la ténacité, simple et franche, demeure une constante chez notre interlocuteur, malgré les tentations nostalgiques ou pessimistes qui pourraient survenir de certains développements actuels, notamment l’augmentation des exigences formelles dans la mise en place d’une enquête de terrain (passage par des comités d’éthiques, fiches de consentement, etc.), que Jean Peneff décrit comme de possibles obstacles à une pratique de l’enquête de terrain telle qu’il l’a connue au début de sa carrière.



Author(s):  
Stéphanie Monay

Si l’institution militaire reste considérée comme un terrain fermé et opaque, elle n’est cependant pas inaccessible au chercheur ou à la chercheuse civil-e. Elle implique cependant une réflexion en amont sur les enjeux spécifiques qui conditionnent l’accès au terrain, ainsi qu’une adaptation permanente pour s’y maintenir. Dans le cadre d’une thèse portant sur la socialisation sexuée des femmes militaires engagées volontairement dans l’Armée suisse, cet article revient de manière concrète sur les différentes stratégies et pratiques de négociation mises en place afin d’accéder aux casernes et aux enquêtées. Il met également en lumière les différents obstacles et résistances rencontrés, ainsi que les concessions qui ont été nécessaires à la réalisation de la recherche. L’« art de convaincre » n’étant pas indépendant de la personne qui tente de l’appliquer, les tactiques ont dû prendre en compte ses caractéristiques sociales, à savoir une jeune femme accédant à un bastion encore fortement masculin. Cela a impliqué notamment la construction d’une crédibilité scientifique et militaire suffisante afin d’être prise au sérieux, tout en sachant paraître suffisamment « inoffensive » pour l’institution.



Author(s):  
Marlyse Debergh
Keyword(s):  

Cet article se penche sur les négociations en ethnographie, par la mobilisation d’un cas d’enquête comparatif original, mené auprès de deux institutions promouvant la santé sexuelle en Suisse romande. La première institution est un centre de santé sexuelle ayant pour public cible les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH). La deuxième institution est un centre de santé sexuelle accueillant le tout public (planning familial). Envisageant les négociations comme un processus itératif, je montre que les négociations ne se limitent pas à une étape unique à franchir en amont de la conduite de l’enquête. Par une analyse doublement comparative – entre deux institutions et entre deux phases de l’enquête – cet article montre qu’un accès officiel aisé ne constitue pas forcément une garantie d’accès à l’information dans la conduite de l’enquête. A l’inverse, un accès officiel complexe n’exclut pas un accès facilité à l’information dans la suite du travail de recherche. Ouvrant la « boîte noire » des négociations, il s’agira de comprendre et d’analyser ces dynamiques contrastées.



Author(s):  
Armelle Weil ◽  
Géraldine Bugnon ◽  
Arnaud Frauenfelder
Keyword(s):  

Cette contribution opère un retour réflexif et pratique sur l’accès au terrain d’une recherche en cours, portant sur les trajectoires et expériences des jeunes dans la justice pénale pour mineur·es en Suisse romande. En quête de vécus et de discours contrastés, nous avons privilégié une approche multi-site plutôt qu’une immersion au sein d’un unique dispositif. C’est ainsi par le biais de huit institutions pénales que nous avons pu nous entretenir avec des adolescent∙es confronté∙es à la justice. Négocier l’accès à des enquêté·es sous emprises institutionnelles par le biais de ces dernières a comporté deux spécificités majeures. D’une part, cela a entrainé la multiplication des situations de négociations, dont les impératifs, interlocuteur∙rices et modalités différaient à chaque fois. D’autre part, nous avons dû gagner l’accord d’un double public : les professionnel∙les de la chaîne pénale dans un premier temps et les jeunes dans un deuxième. Nos négociations ont ainsi été soumises à deux ensembles de contraintes, discours et techniques à mobiliser différents, si ce n’est opposés. Ce double impératif nous renseigne grandement sur notre objet et met en lumière plusieurs enjeux : les différentes relations d’enquête qui se donnent à voir sur le terrain (entre chercheur∙es et jeunes, entre jeunes et professionnel∙les…) ainsi qu’un certain mimétisme entre le type de sanction pénale et la négociation du terrain.



Author(s):  
Diane Rufin ◽  
Fabien Deshayes
Keyword(s):  

Pour les chercheur.es se revendiquant d’une approche ethnographique, la négociation de l’accès à un terrain de recherche représente une occasion de compréhension du monde. Dès lors, la formalisation croissante des procédures d’enquête conduit à se demander dans quelle mesure les modalités d’accès aux terrains sont transformées et interrogent l’ethnographie jusque dans ses fondements. Dans cette perspective, nous présentons le déroulement de l’accès au terrain pour une recherche portant sur les relations école-familles au sein de l’enseignement primaire genevois. Nous décrivons le processus ayant permis de recueillir les données, les ajustements réalisés, les difficultés et les contraintes éprouvées par les chercheur.es lors des différentes phases de la négociation : (1) en amont de la recherche, au cours de la conception du projet et des procédures visant à obtenir les accords nécessaires, (2) au début de l’enquête, auprès des directeur.trices et des équipes pédagogiques et (3) auprès de chaque enseignant.e tout au long du travail de terrain. Si l’analyse du processus de négociation donne l’occasion de saisir l’environnement qui configure le terrain et la manière dont les acteurs s’y inscrivent, la formalisation a des effets tangibles sur l’enquête, puisqu’elle tend à étirer et à rigidifier cette phase préalable ainsi qu’à contrecarrer une négociation interindividuelle. Les relations entre chercheur.es et enquêté.es apparaissent dénaturées et un climat de crainte pour soi et pour autrui s’installe. Les réticences de certain.es professionnel.les vis-à-vis de l’enquête, qui s’érigent en défenseurs des usagers, apparaissent avant tout comme une protection des institutions (et des professionnel.les) et comme l’expression d’une judiciarisation des rapports sociaux. Ceci nous conduit alors à interroger la part d’autonomie et de liberté des chercheur.ses.



Author(s):  
Kevin Delasalle

S’appuyant sur une thèse de sociologie consacrée au « tourment militant » au sein du Parti Socialiste et fondée sur une enquête par immersion ethnographique, l’article se propose de revenir sur les trois étapes de cette immersion – l’accès au terrain, le maintien sur celui-ci, la sortie du terrain. Seront ainsi interrogées, pour chacune d’entre elles, les stratégies plus ou moins conscientes mises en œuvre par le chercheur pour négocier sa place sur le terrain, passant progressivement du statut de jeune doctorant sympathisant à celui de « militant professionnalisé ». Assumer la double identité de militant et de chercheur nécessite de concilier, d’un côté, l’établissement et l’entretien de relations interpersonnelles sur les différentes scènes du monde militant local avec, de l’autre côté, les logiques d’objectivation qu’impose l’enquête. L’article permet ainsi de soulever la question de la négociation de la présence du chercheur sur son terrain (s’assurer des cooptations, faire ses preuves, donner des gages de fidélité…) et de l’évolution des formes que peut prendre cette négociation au cours d’une recherche par immersion ethnographique de longue durée. En offrant un accès à une intimité militante difficilement explorable par d’autres voies méthodologiques que celle ici analysée, la recherche a finalement rendu possible une sociologie « par le soi » du « tourment militant ».



Author(s):  
Thibaut Besozzi

En partant d’une étude menée en immersion ethnographique pendant 8 mois dans le monde de la rue, auprès des sans-domiciles présents à Nancy, cet article développe les procédés de négociation qui ont été déployés pour entrer sur le terrain, s’y maintenir et y obtenir, tant bien que mal, les données nécessaires à la réalisation de l’enquête. La diversité des personnes en situation de rue oblige le chercheur à ajuster sa présentation de soi pour développer des relations personnalisées avec ses enquêtés et accéder aux coulisses du monde de la rue. L’article distingue la phase stratégique d’anticipation du terrain et la phase tactique d’adaptation au milieu, en situation, destinée à maximiser les possibilités d’entrer dans des relations de réciprocité affinitaires. En filigrane, émerge une interrogation constante de la relation d’enquête, entre la proximité relationnelle et l’asymétrie structurelle du rapport enquêteur/enquêté.



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