scholarly journals Le conte de Cendrillon : de la Chine à l’Acadie sur les ailes de la tradition

2017 ◽  
Vol 15 ◽  
pp. 7-28
Author(s):  
Ronald Labelle

Le titre de l’article reflète le fait que le conte bien connu de Cendrillon a connu un long parcours à partir de ses origines asiatiques jusqu’au Canada français. C’est le conte qui a connu le plus grand nombre d’études comparatives depuis la première parue en 1879. Cendrillon représente le conte type 510A de la typologie Aarne-Thompson- Uther (Atu) et partage plusieurs éléments avec d’autres contes apparentés, dont Atu 480, Les Fées, ou Les Fées reconnaissantes. En tout, 35 versions du conte ont été recueillies en Acadie, soit le tiers du total répertorié dans la francophonie. Enfin, la « Cendrillouse » acadienne ressemble peu au personnage familier des contes de Perrault. On trouve même dans nos versions des détails scatologiques qui rappellent les fabliaux du Moyen-Âge.


2005 ◽  
Vol 23 (1-2) ◽  
pp. 109-124
Author(s):  
Benoît Lacroix

Au moment où nous rédigeons ces pages, à deux décades près de l'an deux mille, Freud a déjà réhabilité le rêve, Breton l'instinct, Durand l'imaginaire, Mabille le merveilleux, Todorov le fantastique ; Otto, Bataille, Caillois, les historiens Éliade et Dumézil ont réévalué depuis longtemps le sacré et le religieux. Jean-Charles Falardeau écoute ces « maîtres » avec un talent critique dont nous voudrions rendre compte ici pour mieux nous interroger avec lui sur d'autres perspectives possibles de l'étude du phénomène religieux dans le milieu canadien-français. Rappeler ce qui, à notre point de vue, constitue l'essentiel du message de notre distingué compatriote dans ces matières pourtant ardues, vérifier dans la mesure du possible les avenues que nous ouvrent déjà plusieurs de ses intuitions sur l'imaginaire et le merveilleux, voilà une entreprise pour le moins audacieuse. Au premier abord, il est difficile d'imaginer que cet homme raffiné et distingué au possible, sociologue en plus et conduit comme tel à scruter des systèmes de valeurs fermes et à inspecter le champ bien concret des structures sociales de la paroisse, du village, de la famille, puisse un jour rêver de merveilleux et d'espaces spirituels inédits. Prêtons-nous à ce frère amical, vénéré et admiré depuis plus de quarante ans, des considérations que seule une amitié excessive pourrait justifier? Quand on s'est longtemps occupé de l'univers religieux de ses ancêtres médiévaux et de sa translatio studii en Amérique française, n'est-ce pas témérité et gratuité pure que toutes ces préoccupations retrouvées dans une problématique moderne? Pourtant, ce n'est pas l'amour obsessif du Moyen Âge qui nous rapproche de Falardeau : ce sont plutôt les effets de l'héritage religieux en milieu nord-américain. Les mêmes quêtes spirituelles et les mêmes hésitations face aux changements culturels de notre temps nous conduisent à relire J.-C. Falardeau. L'académisme universitaire, l'aventure du surréalisme, l'affaire Borduas vingt ans plus tard, l'intervention courageuse de notre ami Robert Élie, des amitiés parallèles, tout ceci, nous l'avons partagé chacun à notre façon et sans même en discuter entre nous. Nous nous étions à divers degrés consacrés au service des étudiants. Il nous est aussi arrivé d'occuper successivement la même chaire de civilisation franco-québécoise à l'Université française de Caen. Dans de telles circonstances, il est presque normal que nos imaginations se soient souvent croisées. Où et quand? Mais quelque part, ne fût-ce que dans cet univers intérieur judéo-chrétien qui a enveloppé nos enfances respectives. Autant de prétextes qui nous amènent aujourd'hui à rejoindre Falardeau sur le terrain qu'il habite et défriche avec un acharnement digne de son sens du bien savoir et du bien faire. Surtout, l'occasion nous est enfin offerte de penser « sacré », « mystère », «imaginaire», «merveilleux» en compagnie d'un pionnier de la sociologie religieuse en Amérique française. Stimulus d'autant plus efficace que nous avons eu, au moins à trois reprises, l'occasion d'entendre les propos de notre collègue, avant qu'il ne les livrât à l'impression. La première fois, en avril 1962, ce fut à l'occasion du colloque de Recherches sociographiques ; la seconde fois, le 17 octobre 1971, à l'Institut supérieur des sciences humaines de l'Université Laval, lors du deuxième colloque sur les religions populaires. En 1973, le même J.-C. Falardeau proposait aux membres de l'Académie québécoise des sciences morales et politiques, à Montréal, une communication intitulée Problématique d'une sociologie du roman et publiée en 1974 dans Imaginaire social et littérature sous le titre déjà plus signifiant : « Le roman et l'imaginaire». Nous le revoyons encore assis à la table de conférence, sérieux et digne, ferme dans ses mots, bien aligné sur son texte ; nous l'entendons dire dans une langue froidement impeccable des paroles qui nous rassurent et nous interrogent tous. Sans qu'il le sache toujours, J.-C. Falardeau aura, par ses travaux autant que par la direction de ses recherches en matières religieuses, profondément influencé le Canada français depuis plus de vingt ans. Ses nombreuses études de sociologie et sa participation à l'évaluation périodique des croyances, rituels et agirs du plus grand nombre, ce que nous appelons provisoirement la religion populaire, restent de première importance. En somme, c'est presque un acte de piété, entendu au sens médiéval, que nous accomplissons en rendant hommage à celui dont nous avons si souvent relu les textes et pillé les bibliographies. Notre propos exact est de considérer tour à tour l'imaginaire, le merveilleux et le sacré pour mieux entrevoir, si possible, et toujours en compagnie de Falardeau, l'accès aux mystères qui définissent le sacré judéo-chrétien dans lequel la majorité de nos compatriotes canadiens-français ont vécu jusqu'à la limite de la pensée magique.



1965 ◽  
Vol 20 (6) ◽  
pp. 1118-1127 ◽  
Author(s):  
J. C. Russell
Keyword(s):  

La féodalité a fait l'objet d'un grand nombre d'essais, trop connus et trop nombreux pour que je puisse les mentionner ici. Toutefois, certains aspects démographiques, qui ont leur importance, ont à peine été abordés. Au cours de ces dernières années, l'histoire démographique du Moyen Age a fait davantage de progrès pour sa période tardive que pour celle qui vit les débuts de la féodalité.La féodalité est essentiellement le système de Charlemagne sans Charlemagne, un système dérivé en grande partie des précédents, mérovingien et même romain. Bien entendu, on trouve de nouveaux traits dominants — au moins quatre. Le premier est l'importance nouvelle accordée à la force, plutôt qu'à l'héritage ou à l'ascendance divine, comme base de la possession. Le pape Zacharie n'a-t-il pas écrit qu'il valait mieux que soit roi celui qui avait la force plutôt que celui qui poscédait le titre ?.



1984 ◽  
Vol 39 (2) ◽  
pp. 286-300 ◽  
Author(s):  
Jean-Claude Schmitt
Keyword(s):  

La floraison, dans les toutes dernières années, des études sur le culte des saints et l'hagiographie au Moyen Age témoigne du dynamisme de ce chantier d'histoire et de la conscience qu'ont les historiens de son importance pour la compréhension des sociétés médiévales. Je voudrais ici moins dresser un bilan de tous ces travaux que proposer quelques réflexions nécessairement partielles, et volontairement partiales puisque centrées sur deux livres ou mieux deux œuvres : d'une part les derniers travaux de Peter Brown sur l'Antiquité tardive et les premiers siècles du christianisme ; d'autre part, pour les trois derniers siècles du Moyen Age, la belle thèse et un recueil d'articles d'André Vauchez. Ces deux ensembles de publications guideront ma réflexion, nourrie par ailleurs d'un grand nombre de travaux récents, souvent eux aussi d'une très grande richesse, qu'il s'agisse de colloques internationaux, de recueils collectifs ou de travaux individuels.



2020 ◽  
Vol 24 (1) ◽  
pp. 429
Author(s):  
Nenad Fejic
Keyword(s):  

Bien que séparées par des centaines de milles d, espace maritime, les villes de la côte catalane et Dubrovnik entretenaient, à la fin du Moyen Age, d'intenses rapports économiques. Un grand nombre de Catalans se deplaçaient de Barcelone, Tortose, Tarragone et d'autres villes, principale­ment de la côte méditerranéenne, mais aussi de l'arrière-pays, pour aller s'installer dans la ville de Dubrovnik, sur la côte adriatique. Cet article se propose d'étudier d'une part les échanges économiques entre les villes catalanes et Dubrovnik et, d'autre part, de reconstituer le destin des fami­lles catalanes et des individus, qui choisissaient de s'expatrier dans cette ville slave, loin de leur pays et de leur ville d'origine. L'auteur s'appuie sur les documents des archives catalanes, principalement des Archives de la Couronne d'Aragon et des Archives Notariales de Barcelone, ainsi que des Archives de Dubrovnik, pour presenter l'exportation catalane à Dubrovnik (laine) et l'exportation ragusaine dans les villes de Catalogne (esclaves, métaux precieux, bois, etc.). On suit aussi le sort des Catalans à Dubrovnik (conflits, adaptation, position dans la société locale). La nature des docu­ments notariaux lui permet de proceder à certaines évaluations statistiques, sur la nature et le rythme des échanges.



1978 ◽  
Vol 33 (3) ◽  
pp. 450-477 ◽  
Author(s):  
Bernard Guenée
Keyword(s):  

Au Moyen Age, une bibliothèque historique digne de ce nom devait contenir le plus grand nombre possible d'histoires et de chroniques, mais aussi toutes ces courtes notes, tous ces fragments divers, en un mot tous ces instruments sans lesquels le travail historique, alors comme aujourd'hui, eût été impossible. Parmi eux tenaient une place essentielle des catalogues qui donnaient la liste chronologique des papes, des empereurs, des rois, des évêques ou des princes, et des généalogies qui, de façons très diverses, toutes simples ou fort détaillées, faisaient connaître la filiation d'une famille ou d'un individu.Pour l'érudit qui entendait étudier un récit historique ou exploiter un fonds d'archives, l'intérêt de ces catalogues et de ces généalogies était évident. Les catalogues lui permettaient de situer dans le temps les documents datés de l'année du règne d'un pontife ou d'un prince.



Reinardus ◽  
2008 ◽  
Vol 20 ◽  
pp. 17-28
Author(s):  
Mohan Halgrain

Les "Fables" de Marie de France font partie des textes français du Moyen Âge les plus appréciés de leurs contemporains, si l’on en croit le grand nombre de copies qui nous en est parvenu. Karl Warnke, pour son édition de 1898, en avait, en effet, recensé vingt-trois. Or ce chiffre est venu s’accroître depuis, avec la découverte d’un très petit fragment du texte à Nottingham, mais surtout grâce à un nouveau recensement des témoins effectué par Françoise Vielliard en 1989 et qui a permis la "découverte" de deux nouveaux manuscrits. C’est l’un d’entre eux qui est ici évoqué, d’un point de vue codicologique d’abord, mais surtout à travers sa très forte tendance à modifier le texte original, qui fait de lui le manuscrit de loin le plus remanieur de la tradition. Nous nous sommes ainsi attaché à cerner la nature et les raisons de ces nombreux remaniements, avant d’aborder finalement les quelques cruciales questions d’ordre éditorial que pose un tel document.



1969 ◽  
Vol 24 (2) ◽  
pp. 305-321 ◽  
Author(s):  
Rolf Sprandel
Keyword(s):  

Une Vita rédigée vers 900 nous parle de l'existence en Angleterre centrale, dans l'actuel comté de Warwickshire, vers la fin du vne siècle, d'un « castrum Alvacestre » entouré de forêts de tous côtés, et propice à la production du fer. Ce lieu aurait été habité par de nombreux forgerons et forgeurs ; et la Vita ajoute même que le bruit des martinets s'entendait à plusieurs lieues à la ronde. Comme les habitants refusèrent un jour d'écouter le sermon d'un saint homme, Dieu aurait anéanti ce « castrum » qui fut reconstruit plus tard, mais sans que la production de fer y fût reprise. Dans cette pieuse histoire, rédigée deux siècles après les faits, quelle est la part de la réalité historique? Il est peut-être légitime d'interpréter cet épisode local sur le plan de l'Europe dans son ensemble (car bien des sources écrites et un grand nombre de sources archéologiques nous font défaut), et il signifierait le déclin de la production du fer après le ve siècle.



2020 ◽  
Vol 24 (1) ◽  
pp. 155
Author(s):  
Enrique Cruselles

Le développement du commerce du bas moyen âge supposa la diffusion des progrès techniques dans le cadre du transport maritime. Valencie, un marché en expansion à cette époque, subit aussi des transformations fondamentales. Néanmoins, l'analyse des structures et des attitudes des compagnies marchandes oblige à nuancer ces transformations. La prééminence d'un faible financement des affaires et d'une stratégie fragmentaire des activités, se combina avec la prédominance d'une navigation de cabotage, posée, conditionnée par un très grand nombre d'échelles et l'augmentation des transactions.



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