Traduction et révolution à l’époque de l’indépendance hispano-américaine1
Résumé Les historiens ont montré clairement l’influence de l’Indépendance des États-Unis et de la Révolution française sur le mouvement émancipateur en Amérique hispanique entre 1776 et 1810. Cette influence ne s’est cependant pas limitée aux seules idées qui ont façonné le mouvement indépendantiste dans les colonies espagnoles. On la trouve dans les textes fondamentaux des premières républiques hispano-américaines. L’objet de cette étude est de montrer que la présence de ces idées et de ces documents en territoire latino-américain, particulièrement au Venezuela, a été rendue possible par le truchement des traductions de Manuel García de Sena (les documents nord-américains), d’Antonio Nariño (la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens de 1789) et de Juan Picornell (la Déclaration… de 1793). C’est par le biais de la comparaison des textes, de l’analyse des conditions de production et de réception des traductions que nous avons pu montrer non seulement la filiation idéologique des trois révolutions, mais également les transformations, linguistiques et notionnelles, subies par les textes nord-américains et français dans leur version espagnole. L’appropriation, démarche traductionnelle latino-américaine caractéristique (Bastin 1996, 1998), se manifeste à nouveau pour donner lieu à de nouveaux textes, autonomes. Nous soulignerons également la contribution intellectuelle et politique de ces traducteurs ainsi que, d’une manière générale, celle de la traduction à la diffusion des idées émancipatrices en Amérique latine à la fin du xviiie siècle.