scholarly journals La violence physique au travail et la santé : le droit québécois régissant l’indemnisation et la prévention

2015 ◽  
Vol 69 (4) ◽  
pp. 785-812
Author(s):  
Katherine Lippel ◽  
Nathalie Lanctôt

Cet article examine le droit de la santé et de la sécurité du travail appliqué aux situations de violence physique au travail au Québec. Après une mise en contexte qui fait appel à la littérature des sciences sociales et sciences de la santé pour déterminer les enjeux importants au niveau de la prévention des conséquences pour la santé des personnes exposées à la violence physique au travail, l’article fait appel à la méthodologie juridique classique pour tracer le portrait du droit québécois d’indemnisation et de prévention. Cette analyse permet de déterminer si les régimes de santé et sécurité du Québec en matière d’indemnisation et de prévention incitent les employeurs à assurer une prévention primaire, secondaire et tertiaire. La première partie de l’article fait appel à la littérature portant sur les différentes formes que peut prendre la violence au travail afin de mettre en contexte la violence physique. Ensuite, on y documente les conséquences potentielles des agressions physiques au travail, en soulignant l’importance de la prévention primaire, secondaire et tertiaire. La seconde partie examine le droit québécois régissant l’indemnisation des victimes de violence physique au travail ainsi que la prévention des lésions professionnelles. Nous identifions les critères de reconnaissance des lésions professionnelles attribuables à la violence au travail, en nous attardant au fardeau de preuve et en constatant les défis spécifiques à la reconnaissance des lésions psychologiques par rapport aux lésions physiques. En deuxième lieu, nous examinons la Loi sur la santé et la sécurité du travail ainsi que les incitatifs de prévention prévus dans la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. Ainsi, nous examinons la jurisprudence relative aux demandes d’externalisation des coûts reliés aux lésions professionnelles attribuables à la violence physique. Cette analyse nous permet de constater que l’interprétation par les tribunaux administratifs de certaines règles de droit encadrant le financement du régime d’indemnisation, ajoutées à l’interdiction des poursuites civiles, a pour effet de minimiser les incitations économiques à la prévention qui avaient été prévues par le législateur lors de l’adoption de la Loi. Nous concluons en soulignant l’importance d’assurer une incitation économique à la prévention primaire, secondaire et tertiaire, ce qui pourrait être atteint par une application plus raffinée des règles de droit relatives au financement du régime.


Criminologie ◽  
2004 ◽  
Vol 37 (1) ◽  
pp. 13-42 ◽  
Author(s):  
Laurent Mucchielli

Résumé En France, la criminologie n’a jamais été une discipline autonome. Elle n’existe institutionnellement qu’en tant qu’annexe du droit pénal. En réalité, elle se situe au carrefour de trois pôles universitaires qui sont autant de pratiques professionnelles : la médecine, le droit et les sciences sociales. On propose ici, pour le comprendre, de faire un détour historique depuis la fin du xixe siècle. C’est à la « Belle époque » que se joue la première partie. Elle met aux prises des médecins (qui parlent d’« anthropologie criminelle »), des juristes et des sociologues. Elle ne débouche sur aucun consensus et aucune construction disciplinaire. L’entre-deux-guerres voit ensuite s’affirmer la criminologie des juristes et des médecins qui raffermissent leurs liens institutionnels classiques (la médecine légale et la psychiatrie légale), tandis que s’introduit la psychanalyse. De son côté, la sociologie du crime disparaît et il faut attendre les années 1950 pour qu’elle se reconstruise. Dans les années 1950-1970, un contexte intellectuel et politique général permet des rapprochements inédits à l’échelle historique, malgré des conflits persistants entre les approches cliniques et les approches sociologiques. Puis les conflits s’estompent, les idéologies qui produisaient une culture commune reculent et chacun se replie sur ses logiques professionnelles. En un sens, la criminologie existe moins que jamais comme discipline. Les recherches empiriques sur le crime connaissent pourtant une croissance continue dans les sciences sociales, du fait toutefois de financements institutionnels ponctuels qui posent des problèmes de politique scientifique discutés en conclusion.



2018 ◽  
Vol 13 (1) ◽  
pp. 91-116
Author(s):  
Florence Bétrisey

Dans cet article, nous proposons d’analyser la démarche de recherche et le comportement des sujets-chercheurs au prisme de la notion de reconnaissance. Nous questionnons notre propre démarche et notre propre comportement de sujet-chercheuse dans le cadre de notre recherche doctorale en Bolivie. Plus particulièrement, nous analysons deux dimensions clés de la recherche en sciences sociales : la performance du travail de terrain et l’espace académique (eurocentriste) dans lequel s’inscrit le chercheur. L’analyse du travail de terrain (compris comme une performance sociale) au prisme de la notion de reconnaissance nous permet d’abord d’éclairer les tensions entre conformisme stratégique du chercheur et reproduction de normes sociales locales. Dans un deuxième temps, nous mettons en évidence le désir du chercheur d’obtenir une reconnaissance académique et la façon dont ce désir l’enjoint à reproduire la grammaire dominante de reconnaissance académique. Nous éclairons notamment le fait que ce désir d’obtention d’une reconnaissance, sociale ou académique est étroitement lié aux relations de pouvoir qui structurent l’espace académique (lequel n’est, au demeurant, pas considéré comme un espace neutre). Enfin, nous montrons que, si la promesse de reconnaissance rend la contestation des normes de reconnaissance difficile, elle n’empêche pas leur contournement, par exemple par l’adhésion à des récits alternatifs de la qualité de la recherche (« slow science »). Ces derniers peuvent en effet agir comme des canaux alternatifs de reconnaissance, producteurs de nouveaux récits et nouvelles grammaires de reconnaissance. Or ces mécanismes de conformisme, résistance ou contournement des normes de reconnaissance, autant en ce qui concerne la performance de terrain que l’espace académique, se déroulent souvent dans le domaine de l’inconscient et du non cognitif.



Author(s):  
Louise Sauvé ◽  
David Kaufman ◽  
Lise Renaud

Dans le cadre d’une étude financée par le Conseil de recherche en sciences sociales et humaines (CRSH, 2008-2011), nous examinons l’efficacité d’un jeu éducatif en ligne sur l’apprentissage cognitif (structuration des connaissances) et affectif (changement d'attitudes). Construit à partir des règles du jeu de société Parchési auxquelles plusieurs adaptations ont été apportées, le jeu Asthme : 1, 2, 3… Respirez! a été conçu pour s'inscrire dans le programme d’éducation à la santé pour les élèves du secondaire IV et V, âgés entre 15 et 17 ans. Dans cet article, nous présenterons brièvement les problèmes associés à l’asthme au Québec et au Canada. Ensuite, nous expliciterons l'apport des jeux éducatifs sur la structuration des connaissances et le changement d’attitudes ainsi que les paramètres d'apprentissage utilisés pour construire le jeu. Enfin, nous décrirons comment le jeu a été construit et la mise à l'essai réalisée avec 40 élèves pour évaluer son design, sa lisibilité pédagogique et sa convivialité.



2012 ◽  
Vol 77 ◽  
pp. 41-54
Author(s):  
Christian Samson

La Mission Chinoise de Québec fut une oeuvre d’évangélisation visant à convertir à la foi catholique les immigrants chinois présents dans la ville de Québec. La première partie de notre étude se concentre sur les aspects sociaux et culturels de la Mission. Nous y décrivons les diverses activités qui furent proposées à cette population et, par la suite, nous examinons les réactions de celle-ci par rapport à cette offre. La seconde partie porte sur le rôle proprement religieux de la Mission. Nous pouvons y observer plusieurs tentatives d’apostolat visant la population chinoise de Québec. Finalement, nous dressons un portrait nuancé des résultats obtenus au fil du temps par cette oeuvre d’évangélisation.



2005 ◽  
Vol 31 (1) ◽  
pp. 3-31
Author(s):  
Gérard Hébert

Dans la première partie de cet article, l'auteur tente de dégager les grandes lignes de l'évolution en matière de compensation et de prévention des accidents. Ensuite, l'auteur s'efforce de circonscrire la conception présente quant aux objectifs à poursuivre et aux principaux moyens à utiliser.



2005 ◽  
Vol 41 (114) ◽  
pp. 311-321 ◽  
Author(s):  
Pierre Hamel

Ces dernières années, la critique postmoderne s'est attaqué à tous les domaines des sciences sociales et humaines. Les théories de la planification ne font pas exception. Or cette critique n'est pas la seule à occuper l'avant-scène des débats au sein de ce champ de recherche. Le courant communicationnel a aussi contribué à renouveler les perspectives de la planification moderne. Mais jusqu'à quel point le courant communicationnel est-il en mesure de répondre aux critiques formulées par les tenants du postmodernisme à l'endroit des théories de la planification? C'est afin de répondre à cette question que nous examinons ici d'une manière comparative le point de vue postmoderne et le point de vue communicationnel.



Author(s):  
Veran Stanojević

En nous servant d’outils de la sémantique formelle, nous examinons des interactions entre l’aspect grammatical et le mode d’action dans le processus de la construction du sens aspectuel de la phrase en français. Si la notion de temps topical de Klein sert de lien entre l’information temporelle et l’information aspectuelle véhiculées par des morphèmes temporels, elle nous permet également de comprendre pourquoi on doit postuler, dans certains cas, la transformation aspectuelle du procès. 



2017 ◽  
Vol 46 (1) ◽  
pp. 193-221
Author(s):  
Serge Larivée ◽  
Marc-Olivier Blondin-Provost ◽  
Carole Sénéchal ◽  
Claude Perreault

L’objectif de ce texte est de tenter de comprendre la persistance du phénomène de la croyance aux miracles dans un monde dominé par la science et la technologie. Le texte comprend cinq parties. Au cours de la première partie, nous présentons quelques sondages concernant la croyance aux miracles ainsi qu’une définition des miracles. Puisque la prière est au coeur du processus miraculeux, l’analyse de son efficacité fait l’objet de la deuxième partie. Nous examinons par la suite le fonctionnement du processus miraculeux en s’inspirant de ce qui se passe à Lourdes. Dans la quatrième partie, nous nous interrogeons sur la possibilité de concilier science et religion. La dernière partie comprend trois sections : quatre critiques méthodologiques concernant l’efficacité de la prière, l’importance des notions de hasard et de probabilités nécessaires à la compréhension de la notion de miracle et la présentation de six hypothèses alternatives de nature médicale aux explications des miracles reconnus par l’Église.



2020 ◽  
Vol 43 (1) ◽  
pp. 1-23
Author(s):  
Eric Savarese

Précis Dans cet article, nous examinons dans quelle mesure les politiques de la mémoire peuvent dépendre du modèle de citoyenneté ou de la situation politique au présent. En France, les politiques de la mémoire ont été associées aux trois piliers du modèle de citoyenneté (individualisme, universalisme, laïcité) au dix-neuvième et dans la première partie du vingtième siècle. Mais l'adoption des récentes « lois mémorielles » montrent que les politiques de la mémoire peuvent également dépendre du contexte. Nous montrons ainsi que les politiques mémorielles dépendent exclusivement du modèle de citoyenneté lorsqu'elles sont associées à sa promotion ; mais elles dépendent également du contexte lorsqu'il s'agit de formellement conserver le modèle de citoyenneté, sans qu'elles y soient complètement ajustées. This article examines the relationship between memory politics and models of citizenship in France's current political situation. From the end of the nineteenth through the early twentieth century, commemorative policies reflected the three pillars of France's model of citizenship: individualism, universalism, and secularism (laïcité). The recent passage of new memory laws, however, demonstrates that memorial practices are sensitive to changing political contexts and consequently that the association between memory politics and citizenship is not automatic. Although recent commemorative laws are in some ways at odds with French concepts of citizenship, there has been no effort to reassess citizenship in response to the new politics of memory.



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